
« La vie, c’est comme une boîte de chocolats… tu ne sais jamais ce qui t’attends », répétait le personnage incarné par Tom Hanks dans le film Forest Gump. Cette phrase, je l’ai toujours dans ma poche et je la ressors à l’occasion. Toutefois, plus j’y pense, moins je crois que j’y adhère. Il est vrai que la vie est pleine de surprises, mais je ne sais plus si cette analogie fait encore du sens de nos jours.
Résister à la tentation ?
Je ne sais pas si je suis la seule, mais si je me souviens bien des boîtes de chocolats mélangés de mon enfance… oui , oui, vous savez, celles du genre Pot of gold ou même la traditionnelle Laura Secord; et bien moi, d’aussi loin que je puisse me souvenir, je n’ai jamais aimé plus de deux saveurs : chocolat/caramel et…. chocolat au lait. That’s it! Bah, je sais, je sais… Cela ne m’empêchait pas chaque fois, d’essayer de déchiffrer le schéma sous le couvercle. Inévitablement, je me laissais tenter par une saveur qui me paraissait exotique. Anxieuse, j’espérais que la boîte n’avait pas été trop brassée afin de retrouver facilement le chocolat convoité à la bonne place. Lorsque je le voyais enfin, salivant, je »minicroquais » dedans….. Attention, la prudence est toujours de mise dans ce genre d’opération. Je vous parlerai du « minicroquage » une autre fois, pratique plus rependue qu’on peut le croire.
– Beurk, ça goûte méchant ! Hop de retour dans la boîte, personne ne verra que j’ai pris une bouchée. Non, mais qui a pensé à une telle saveur non de dieu!
Le chocolat retournait illico dans sa boîte ni vu, ni connu. Ce n’est qu’au bout de quelques jours que, si on ouvrait la boîte, on pouvait réaliser que pas un chocolat était intact. C’était il y a très longtemps.
Le foutu secret de la Caramilk n’est pas encore résolu !
L’autre jour je suis tombée sur une pub de la barre de chocolat Caramilk. Je n’en croyais pas mes yeux, on me posait la même question qui a hanté mon enfance. Mais comment met-on le caramel à l’intérieur ? Au fil des ans mes théories ont évoluées : Intervention divine industrielle ? Gnomes gastronomes ? Phénomène extraterrestre ? Je n’accepte toujours pas l’évidence que j’ai figuré un jour. Non, ça ne peux pas être si simple. Ma dernière théorie vise plutôt Harry Potter séquestré par des moldus de l’industrie chocolatière. Cette piste me semble prometteuse….
Il faut avouer qu’aujourd’hui, les temps changent. Les boîtes de chocolats mélangés se retrouvent à la pharmacie, j’en ai même vu au Canadian Tires ! Fini le temps où c’est l’un des quelques choix disponibles pour offrir une douceur. De nos jours, on fréquente des « boutiques spécialisées » pour acheter nos chocolats, et ils sont devenus « fins». On les choisit en pointant du doigt derrière une vitrine épurée, comme si c’était une expérience spirituelle. Un vendeur vêtu d’un tablier les saisit avec la plus grande délicatesse du bout d’une pince. Il sont doucement déposés sur un papier parchemin sur lequel on peut lire les initiales du maître chocolatier. Les saveurs sont exotiques, surprenantes enivrantes. On nous promet un nirvana fondant, une extase croquante. On ne s’achète plus du chocolat en jogging, non monsieur ! On se met sur son 36 pour aller chercher l’objet de notre fantasme, et si on l’a vu sur Instagram, on fait la file.
Malgré tout, on peut encore être déçu en y goûtant, mais pour une raison obscure, on va le manger car c’est LE chocolat. Est-ce maintenant le miroir de notre société ? Tout est niché, spécialisé ? Est-ce que le type de chocolat que l‘on aime nous défini maintenant, comme tellement d’autres objets de notre désir ? Remarquez bien, je salue tous ces artisans qui retournent aux racines pour redécouvrir les vraies saveurs. Le problème ce n’est pas eux. C’est plutôt ce que nous en faisons. Mais ça c’est un autre débat.
Quelque part entre le chocolat industriel et le chocolat artisanal, la maladie et l’industrie de la santé, la boîte de chocolats mélangés s’est perdue. Aujourd’hui on en offre juste à nos vieilles tantes et nos grands-mamans qui savent encore les apprécier avec nostalgie. Le temps file, les temps changent et la vie va trop vite pour déchiffrer un plan sous le couvercle. De toute façon, ce n’est pas bon pour notre santé pas vrai ? On prend nos décisions nous même, on choisis nos chocolats dans nos boîtes !
Non, la vie n’est plus vraiment comme une boîte de chocolats. On a l’impression d’avoir plus de « choix » aujourd’hui, sans trop se soucier que bien des décisions sont encore prises pour nous. J’ai l’impression qu’avant, nous savions fort bien que quelqu’un avait choisis de mettre une variété de chocolats minables dans la boîte et que nous n’exercions qu’un sous choix. Malheureusement, je crains que maintenant, nous soyons convaincus que nous faisons la majorité de nos choix, en oubliant que plus ça change, plus c’est pareil… Si vous tombez sur l’une d’elles, une de ces vieilles boîtes de chocolats mélangés, faites fi de votre régime, fermez les yeux, et choisissez un des chocolats au hasard. Ça goûtera inévitablement comme le bon vieux temps et vous pourrez sourire en pensant à Forest Gump.
