On est fait comme on est fait !

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C’est ce que ma mère me répondait lorsque je lui disais que je n’aimais pas ceci ou cela de moi. « On est fait comme on est fait ma petite fille » et la discussion était close.

Qui n’a pas rêvé d’être plus grand, plus petit, plus mince, plus beau? Personnellement, j’ai grandi très vite, c’était une fierté pour moi. Quand on me disait que j’allais être grande, je répondais que j’espérais mesurer au moins 9 pieds à mon dix-huitième anniversaire. J’ai tenu ce discours jusqu’au jour où j’ai découvert les garçons… Il faut que je vous dise qu’ils grandissaient moins vite que moi les garçons, à 12 ans, j’étais presque la plus grande de l’école. Tout à coup, j’ai eu peur de devenir une géante. Qui voudrait d’une femme de 9 pieds de haut ? Même si c’est pratique pour peinturer les plafonds. Mes désirs de « grandeur » sont passés. Puis, je me suis mise à détester mon nez retroussé. Un nez de cochon. Combien d’exercices ai-je fait pour l’affiler, combien de rhumes ai-je prolongé de crainte de trop le gonfler en me mouchant? Pourquoi ne pouvais-je pas avoir un nez fin et long? Pourquoi je n’avais pas les cheveux blond et les yeux verts ? Quel malheur ! Mon avenir était ruiné avant même d’avoir commencé…

Et puis la vie est bien faite, parce que l’on peut bien ne pas aimer une partie de notre corps, avec le temps on s’y habitue, pas vrai ? Chaque matin, on se voit dans la glace et on s’habitue à ce reflet. Il y a encore des matins où je me dis que la nature m’a joué un sacré tour, mais après quelques minutes je m’apaise, et accepte le passage du temps. Aujourd’hui, lorsque je me regarde fixement dans la glace, c’est uniquement pour me parler dans le blanc des yeux et remettre les pendules à l’heure parce que j’ai fait le con.
En fait, aujourd’hui, mon plus grave problème c’est mon bouton dans le dos. Je l’appelle Paulo. Il est du type récurrent et ténébreux. Une fripouille, une canaille de mauvaise famille, une crapule de la pire espèce, un rebel quoi. Vous voyez ce que je veux dire ? Le genre qui repousse toujours au même endroit comme de la mauvaise herbe… Je peux le laver, le frotter, le scruber, l’exfolier, le gratter, le sabler, essayer de le couper ou même de le dépecer dans un moment d’impatience, mais il revient toujours, et au même endroit !

C’est bête à dire comme ça, voir même humiliant, mais c’est la vérité. Je dois me rendre à l’évidence, il fait génétiquement partie de moi. Au début, je me suis dit, ah ce n’est un grain de beauté. Un grain de beauté ? Nenni. Bien vite j’ai compris que c’était bien plus qu’un grain de beauté, et qu’il pouvait devenir pas très beau. Cela dit, je l’accepte maintenant, je suis faite comme ça. Bon, j’avoue que chaque fois que j’arrive à m’en débarrasser, ne serait-ce que pendant une courte période, j’ose espérer que c’est pour de bon. C’est plus fort que moi. Je me dis ça y est, il a disparu Paulo. Bye, bye old chum! Toutefois, je réalise bien vite que je souffre de « mémoire à court terme ». On est fait l’un pour l’autre, Paulo c’est mon compagnon de vie… que je n’ai pas choisi. Et parfois, il m’arrive même de m’inquiéter pour lui s’il tarde à réapparaître.

Au fil du temps, j’ai appris à connaitre le cycle de vie de ce comédon pas commode. Le problème, car il y a toujours un problème, c’est qu’il est situé dans un endroit inaccessible de mon corps. Au moins, s’il était sur mon visage, mon cou ou sur une jambe, je pourrais le gérer facilement. Eh bien non, Paulo s’est logé dans le milieu du creux de mon dos. Vous savez, à l’endroit précis où les mains ne se joignent plus ? Ni d’un côté, ni de l’autre, ni par le milieu avec une main de chaque côté, ni d’un côté avec un bras par-dessus l’épaule. C’est aussi l’endroit exact où le cou ne tourne plus non plus, ce qui est très embêtant lorsqu’il ne s’agit que de le localiser visuellement. J’ai même suivi un cours de yoga pour m’assouplir : la chandelle, la demi-chandelle, le cobra, la charrue, le chat mouillé, la sauterelle dépressive, le moineau sur la corde à linge, rien n’y fait ! Ils ont pensé à la « salutation au soleil » mais pas au « goodbye Paulo ».

Je reviens à mon propos, « on est fait comme on est fait » et il faut s’accepter, de toute façon nous n’avons pas vraiment le choix ! On veut toujours ce que l’on a pas. On court après la jeunesse éternelle. Et pis quoi encore ? La seule qui en profite, c’est la « société de consommation », vous la connaissez ? Elle, elle s’aime comme elle est, et n’a qu’un seul but : tenter de vous offrir ce que vous n’avez pas. Elle vous concocte des crèmes anti-rides, des shampoings à faire pousser les cheveux, des régimes miracles ou des pilules pour faire gonfler les muscles. Et si vous pensiez vous accepter comme vous êtes, elle trouvera bien quelque chose à vous offrir que vous n’avez pas. Nous avons tous un point faible. Elle veut nous transformer physiquement, mais le problème, c’est qu’elle nous a transformés dans la tête aussi. Je crois qu’elle nous rend trop exigeants envers nous-même et envers les autres. Ultimement, à propos de futilités.

Un bouton ce n’est qu’un bouton. Rien de plus. Mais quand la glace nous renvoie une image déformée, déformante et décevante chaque jour de notre vie, c’est bien triste. Quand on ne voit plus que nos défauts, ça nous rend malades et ça rend la société malade aussi. Parce que la laideur, c’est dans nos têtes formatées, pas dans nos coeurs. Nous sommes comme nous sommes, et cela ne nous empêchera pas de devenir des être d’exception si nous le souhaitons. La beauté c’est bien plus qu’un nez retroussé ou un bouton dans le dos. Quand on y pense, la société de consommation… Elle n’a pas toujours raison.

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Crédit photo: inconnu