On est tous des artistes

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Mes plus grandes années de gloire internationale, je les ai vécues de 1975 à 1981. Puis, à l’âge de 12 ans, j’ai tout abandonné du jour au lendemain. Il faut dire que ce n’est pas facile de mener une carrière de chanteuse pop-rock & disco à un si jeune âge. Non, c’en était assez, je désirais vivre pleinement ma vie d’ado avant qu’il ne soit trop tard ! La musique m’avait presque chipée une partie de mon enfance, il fallait que je reprenne ma vie en main.

J’ai toujours aimé la musique. Je l’écoutais inlassablement LA musique : à la radio, sur le vieux tourne-disque de mes parents et à la télé où les chanteurs et chanteuses de l’heure venaient présenter leurs plus récents tubes en se déhanchant. Wow! Bien vite j’ai compris que moi aussi j’étais capable de faire la même chose. C’était comme un talent naturel. Je n’avais qu’à saisir une brosse à cheveux en guise de micro, et soudainement une foule m’acclamait. Ouais…, vous êtes jaloux hein?

Et puis, vu mon talent exceptionnel, la musique est devenue ma carrière. Combien d’autographes ai-je signés à mes toutous qui hurlaient de joie après chaque prestation.

– Ton nom mon joli ? Gazou, le mignon petit chien ? À Gazou, le mignon petit chien de Moi.

Mes parents n’écoutaient que de la musique francophone et c’est là que je puisais mon répertoire. Au fil du temps, j’ai peaufiné mon style.  Enfin, je devrais dire – mes styles – car je pouvais aussi bien chanter du René Simard: « mon nom est Pascale, tu es mon ami, et à chaque fois je rêve à toi » que celles de mes deux artistes préférés Joe Dassin : « No moleste me mosquito, No moleste me mosquito, No moleste me mosquito, retourne chez toi !» et Roger Wittaker: « Oh mamie, oh mamie mamie blues, oh mamie blues » ou le fameux « un éléphant sur mon balcon, je crois avoir perdu la raison » ah quand j’y pense, ces paroles ont sans doute contribuées à développer mon goût pour l’absurde. Mais ce que j’aimais par-dessus tout chez Roger, c’était qu’il sifflait comme un dieu. Chez moi, il était interdit de siffler, mais quand je chantais du Roger Wittaker, je pouvais le faire! Oh joies interdites!

Puis vint le moment de passer au rock. Pour ce faire, j’ai dû apprendre à jouer de la guitare. Ce n’est pas aussi facile que vous pouvez l’imaginer, jouer de la guitare! Il faut garder en mémoire qu’à ce jeune âge, la phase de développement de la coordination corporelle bat son plein, et être trop coordonné rend la vie aussi compliquée que ne pas l’être du tout ! Le fait aussi que j’eusse grandi disproportionnellement trop vite ne m’aida pas non plus. Que je le voulusse ou non, mes deux mains étaient des miroirs en tout temps. Elles bougeaient de façon simultanée, à la même cadence, avec la même amplitude. Pourtant, la technique semble bien simple : gratter de la main droite, ajouter un doigté précis sur le manche de la main gauche. Le degré de difficulté survient au moment où il faut tout faire en même temps! Cela m’a demandé des heures d’entraînement, mais j’y suis arrivée.  C’est finalement au manche de ma vieille raquette de tennis en bois Slazenger que je suis passée à un autre niveau : celui des grands stades avec des foules en délire. La magie opérait ! J’enfilais les « hits » sans me faire prier!

« yu hare de chapillonne ma frèer, oui equipe faille ting tidi in-de », merci Queen pour ces paroles profondes qui résonnent encore dans mon coeur.«Yu sé yu ouante a réwolussion, héhé yu no, oui âwl wante tou change de oueurld » des fabs four que mon oncle Léo m’avait donné à ma fête. Là je dois avouer que je ne comprenais pas très bien ce que je chantais, mais je me consolais en me disant que c’était sans doute très près du texte d’une langue que je comprenais plus ou moins.

J’ai aussi vécu un « entre-deux » disco… Bien que je ne parlais pas anglais, j’arrivais toujours, ou presque, à tout chanter ce que j’entendais à la radio. «Tu- tu, aaaaaah…bip-bip, Tu- tu, aaaaaah…bip-bip, bas d’geux, (bas d’geux)  taquer lé le bas d’geux (bas d’geux ). Sac de-geux, (sac de-geux),  taquer lé le sac de-geux hier!» comme chantait Donna Summer . Là, il faut avouer que la chanson américaine, à l’époque du disco, n’était pas très sophistiquée. On pouvait parler de geux et de leurs bas, et ça faisait danser tout le monde. Allez comprendre! Je me souviens aussi du fameux 45 tours « I love to love, but my babay just want to dance, ahant to ensse, naha to ensse, saha stop to mince! oh I love to love, but my babay dja la to ensse…Tak, takarapapi, Tak nahdakapapi flack burim na fana way…», enfin… vous connaissez le reste. Mais hélas, toute bonne chose a une fin, surtout quand on vieillit. C’est bizarre hein? On change et nos intérêts aussi.

– Le souper est prêt !… (crie ma mère)

Ce que je souhaite à tous…

C’est ce que j’ai dit lors de la conférence de presse du 8 mai 1981 en présence de Ferdinand mon fidèle ourson et manager, qui a tout abandonné pour se consacrer à ma carrière (hé oui, lui aussi !).

-...ce que je souhaite à tous, c’est d’aimer faire ce que vous faites autant que moi, mais sans y perdre une partie de votre âme. La musique m’a tout donné ! Chanter, donner des spectacles à guichets fermés au International stadium (mon balcon de ruelle), au Wembley Stadium (dans ma chambre à coucher) ou dans My very speciâl de Nowel à la télévision (le salon de tante Rita à Noël), m’a rendue profondément heureuse. Mais comprenez-moi, j’aurai bientôt 12 ans! Je DOIS passer à autre chose. Dans la vie, il faut passer à autre chose.

…. vient sou-per! (scande une voix entrant dans ma chambre)

– Ma-a-an, ferme la porte, je donne une conférence de presse ! Aghrrrrr

C’était la belle époque, celle où une brosse à cheveux et une raquette de tennis pouvaient transformer ma vie et me faire rêver. Je me demande si en vieillissant on ne perd pas cette imagination débordante et surtout ces moments ludiques si précieux, vous savez, ceux qui nous permettent de rêver 2 secondes et de tout oublier. Tiens, je vous mets au défi cette semaine ! Prenez votre courage à deux mains et empoignez votre brosse à cheveux, votre pommeau de douche, votre manche de balayeuse ou votre raquette de tennis et interprétez la chanson qui vous branche le plus avec tout votre coeur. Libérez-vous des conventions d’adultes et retrouvez l’enfant en vous, si ce n’est que pour trois minutes… Vous n’avez pas à le dire à personne et ça ne peut pas vous faire de mal! ROCK ON!

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Texte original publié le 9 avril 2011
Crédit photo : Internet inconnu