Désynchronisation émotive chronique

productivite

J’ai reçu le diagnostique.

Bon, bon d’accord, c’est plutôt un « auto-diagnostique ». Comme ceux que l’on nous conseille de faire pour les testicules ou les seins. On palpe, on regarde, on tapote et si tout semble « normal », pas de soucis, la vie continue.
Moi, j’ai découvert une bosse logée quelque part entre mon diaphragme et ma gorge. Depuis quelques jours j’avais le souffle court, un serrement au thorax, une lourdeur dans la langue et les paupières anormalement tombantes. Ce sont les symptômes connus. Le diagnostique n’est pas très positif selon moi. Combien de temps me reste-t-il avant de retrouver la synchro nécessaire pour vivre normalement ? Personne ne le sait, il y a peu de cas répertoriés à travers le monde (personne ne l’avoue), donc peu de statistiques disponibles. Je suis dans le flou-mou avec cette désynchronisation émotive qui m’affecte comme un upper-cut en pleine gueule qui vous étourdit l’âme.

Je remets tout en question, moi le premier, puis j’abandonne. J’ai tout, j’ai rien. Tout m’énerve, tout me fait chier, tout est si beau parfois… J’ai…, mais je veux plus, PLus, PLUS, merde ! À quoi bon sinon ? Je suis quelqu’un d’extra vous savez. Mais il y a un filtre qui bousille tout à la sortie. On me dit que j’ai tout, mais je n’ai pas tout ce que je veux. Je ne sais plus ce que je veux. Qu’est-ce que je veux ?
Montre-t-on à un vieux singe à faire des grimaces? Non. Moi, je fais les mêmes grimaces depuis toujours et je reçois les mêmes coups sur la gueule de la vie. C’est comme ça. Je me suis mis une intraveineuse dans le bras: 50cc de bonheur à l’heure. Il parait que quand on est heureux, tout va bien ! Cela me donne un peu d’espoir…

Plus ça change…
Bah, ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, je crois que c’est une condition chronique chez moi. Je croyais avoir découvert les signes précursseurs et, je réalise que non, ils sont différents chaque fois, mais étrangement générateurs des mêmes sentiments d’effroi. J’appuie toujours sur les mauvais boutons vous savez. Comme quand on montre à un singe à appuyer sur le bouton vert pour recevoir une cacahuète. Et bien moi, j’appuie sur le bouton rouge pour recevoir un coup sur la gueule.
Évidement je ne souhaite pas de coup sur la gueule, mais j’ai peur de peser sur un autre bouton. Si c’était pire qu’un coup sur la gueule hein ? La seule certitude que j’ai c’est que rouge = coup sur la gueule, et à quelque part, c’est rassurant de savoir ce qui va se passer.
J’ai pensé peser sur un autre bouton, être plus qu’un singe savant, mais cela me fout la trouille car si le bouton jaune c’était une bombe ou le bleu, la fin du monde ? Je souhaiterais tellement avoir le courage de peser sur un autre bouton, être plus que ce que je suis ! Peut-être il y aurait deux cacahuètes au lieu d’une seule ? Mais, peut-être il y aurait un braconnier qui me tuerait ? Maudit singe ! J’ai même essayé d’être un paon, un éléphant et même un lion, mais tout ce qu’ils ont vu c’est un singe qui fait des grimaces. Un singe dont on se lasse de voir les mêmes grimaces, même s’il s’est déguisé en paon, en éléphant ou en lion. Il n’y a que cette désynchronisation dont je suis affligé que je puisse blâmer !

Rassurez vous.

On en meurt pas vous savez. On ne perd qu’un infime morceau de notre âme à chaque fois. Heureusement, les âmes sont merveilleuse et ne meurent pas. C’est tout ce qui compte hein? Je suis donc allé chez le doc, je devais remédier à la situation.

– Vous semblez souffrir de désynchronisation émotive chronique mon cher.
– Ah bah, c’est ce que je croyais ! Mais qu’est-ce que la désynchronisation émotive chronique au juste docteur ?
– Et bien, la désynchronisation émotive chronique, c’est une synchronisation déficiante entre ce que voulez et ce que vous faite. C’est une désorganisation de votre univers quand votre yin se contrefout de votre yang et forme du yaing. qui n’est en fait, rien du tout. De la merde si vous voulez.
– Vraiment?
– Ouais!
– Les causes?
– Diverses mon ami.
– Le traitement?
– Un coup de pied au cul.
– Quoi?
– C’est comme un hoquet. Il faut rétablir le rythme.
– Ah bon.
– Vous semblez sceptique!
– Je le suis. Si je comprends bien, quand je perds pied, quand je remets tout en question, je dois me donner un coup pied au c… enfin, vous savez où…
– Exact!
– Cela me semble être un approche bien simpliste!
– C’est la meilleure ! Et justement cette semaine, avec une prescription d’un coup de pied au cul, vous en obtenez un second gra-tui-te-ment!
– Quoi?
– Mais attendez, ce n’est pas tout! Présentez-moi votre joue et je vous offre une gifle en prime. Deux bottés au cul et une giffle, c’est pas beau cela ? Et tout cela, juste pour vous, pour un temps limité! Croyez-moi, vous ne trouverez pas une meilleure offre !

Je suis sorti du cabinet du doc les fesses serrées. Une moitié de mon visage rougit, une moitié de mes lèvres enflées et la paupière droite tuméfiée. Franchement, je ne me sentais pas vraiment mieux. Je me suis traîné jusque dans mon lit et j’ai dormis trop longtemps. Je ne sais pas si quand on a mal à l’intérieur, se faire mal à l’extérieur peut aider ? Honnêtement, j’en doute au final. Chose certaine, je me suis dit que j’avais assez perdu de temps avec moi-moi-MOI. Que mes gros problèmes de mec qui a tout pour être heureux, n’en valais pas tellement la peine après tout car j’ai réalisé que payer pour se faire botter le cul, c’est pathétique. Mais pourquoi je prends tout au sérieux ? Pourquoi je me mets tant de pression avec tout ce qui me touche au quotidien ? Suis-je donc un être si minable ? Et pourquoi je me pose tant de questions ?
Chaque matin, je vois ce visage dans la glace. Il me regarde dans les yeux, me scrute, me juge sans merci. Lui, il me connait trop bien. C’est la seule personne qui peut voir mon âme. Il condamne toutes mes bêtises, il souhaite que je sois quelqu’un de mieux, de grand, de formidable. Il est patient. Il sait qu’un jour je vais comprendre. Il ne dit rien, mais je vois tout dans sons regard. Il me regarde fixement. Puis, tranquillement, il s’approche avec ses yeux perçants, et, sans m’avertir, il me fait une grimace…

Je lui souris pour la première fois depuis longtemps, nous sommes en parfaite synchro.

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