
Le syndrome de la boule de poil, vous l’avez déjà eu ? Moi si. Il frappe sournoisement, souvent au moment où l’on s’y attend le moins. Vous désirez un exemple concret ? Soit. On sort du lit et zwing !, on pile directement sur la balle que le chien a apportée à côté de notre lit pendant la nuit, puis immanquablement, on se vire la cheville dessus, aille ! On se regarde dans la glace de la salle de bain, et beurk ! Mon dieu que l’on est moche aujourd’hui ! On se lave les dents, mais on se rappelle 5 secondes après avoir mis la brosse à dents dans notre bouche, que le petit s’en était servie pour récurer la cuvette hier, wouach! Puis, on se prend un petit café rapido presto, car on est presque en retard pour le bureau, et splash ! On échappe la tasse sur notre chemise blanche… Vous comprenez maintenant ? Attendez, ce n’est pas fini, ce n’est que le début!
Ensuite, il y a le trafic, les gens qui signalent du côté opposé de la direction où ils désirent vraiment tourner. Il y a la police qui nous arrête parce que l’on a roulé 12 km de plus que la limite permise. « Mais monsieur l’agent, tout le monde roulait plus vite que moi, j’ai simplement suivi le trafic…. s.v.p.!!! ». Lui aussi il a une boule de poil aujourd’hui. Rrrrrrrr. Au bureau, les collègues nous emmerdent les uns après les autres. C’est sans fin cette journée ! Puis, s’installent la fatigue, le désintérêt, l’impatience. La boule de poil grandit dans notre estomac. On la sent, ça nous met à l’envers, mais nous sommes tous aptes à encaisser. C’est certain, on n’éclate pas à chaque petit inconvénient dans la vie, on ne saute pas une coche pour chaque contretemps. Mais arrive un jour, LE jour, où plus rien ne passe, où l’on est vraiment à l’envers, mais on ne comprend plus exactement pourquoi.
C’est là dans notre estomac. Ce matin là, la petite voix toute au fond de nous nous dit: « reste couché, aujourd’hui ça n’en vaut pas la peine. Tu es fatigué, peut-être couvres-tu un vilain rhume hein ? Ahum, ahum, mais qu’entend-je ? C’est comme un mal de gorge ça? Un genre d’infection pulmonaire graaaave? Tu devrais appeler au bureau, dire que tu es malade aujourd’hui, ça ne serait pas plus qu’à 12 minables petits km de la vérité ça ! Si tu appelles maintenant se sera le répondeur. Oh, le répondeur ! Ça, c’est chouette!!! Tu n’as qu’à changer un peu ta voix, tu es capable de faire ta voix malaaade hein ? En plus le matin, tu n’as pas encore dit un mot, ta voix sera rauque et on ne te posera pas de questions…» Mais on écoute rarement cette voix.
À ce moment précis, on est atteint du syndrome de la boule de poil aiguë. On veut l’ignorer à tous prix, la ravaler plus creux, et ce, pendant des mois, voir même des années, sauf qu’elle est bien là pour s’enraciner. Je connais des gens qui ont le fond de l’estomac isolé à la boule de poil. Mais le hic, c’est que l’estomac humain n’est pas fait pour être doublé en boules de poil. On a le choix, la ravaler ou l’expulser. On se ment parfois, c’est plus facile, moins compliqué. Mais un jour ou l’autre, il faut tout cracher le morceau.
La régurgitation
C’est l’étape la plus difficile. Elle s’apparente à la restitution. Mais je vous le demande, qui aime vomir ? Certains crachent leurs boules de poil au fur et à la mesure comme des boulimiques. Toutefois, je pense que la majorité d’entre nous tend vers le contraire, en ce sens que nous nous regardons dans un miroir déformant. On se dit que non, ça va, encore un petit effort et ça ne paraîtra plus qu’on a le motton. On accumule ainsi pendant un certain temps, dépend de notre capacité à ravaler. Car la régurgitation ça écorche le dedans, et parfois le dehors aussi. Ça nous érafle en premier, puis souvent ceux qui sont près de nous. Ça me fait penser à mon chat, Elvis. Lui, il en fabrique des boules de poils, normal c’est un Persan. Il est mal pendant quelques jours, mange moins et hop, tout à coup, je trouve un truc informe, gris et gluant sur le plancher. C’est jamais beau des boules de poils quand ça jujute trop longtemps dans l’estomac. J’ose croire que c’est identique chez les humains sauf que c’est fait de petites blessures qui ont trop saigné, d’émotions déformées par la vie et de moments difficiles que l’on a encaissés. Mais, les humains ne sont pas comme les chats. J’ai rarement vu une boule de poil qui se forme en quelques jours et ressort aussitôt. Il faut s’y faire, c’est toujours plus long avec les humains.
Je connais des gens qui la forment avec soin cette boule, et ce, pendant des années et la rejette à un moment important de leur vie. Je crois que ça s’appelle la crise de la quarantaine ou de la cinquantaine. Et pour d’autres, ils ne la crachent jamais. On appelle ça un mal à l’âme ou un mal-être inexplicable. Cette boule devient un espèce d’ulcère dans l’estomac. Difficile à digérer. Je me dis que si on parle de nourriture pour l’âme, il doit bien y avoir un estomac quelque part pour la digérer cette nourriture hein ? Et s’il y a un estomac, il y a la boule de poil.
Note à moi-même : vérifier les principes fondamentaux de la médecine chinoise.
Enfin, chacun de nous a sa boule de poil. Il en existe une variété infinie il me semble. Grosses ou petites, nouvellement formées ou issues de l’époque paléolithique, elles nous empoisonnent la vie. La bonne nouvelle c’est que lorsque l’on arrive à s’en débarrasser, on devient plus légers, enfin libérés. Bon, on parle bien sûr d’estomac ici donc dès que c’est vide, ça se remplit. Le seul truc que j’ai trouvé, c’est d’adopter la devise suivante : crache le méchant avant de devenir trop méchant ! Ou encore, pince-toi le nez, pis crache! La seule chose que j’ai réalisée, c’est que c’est plus facile à dire qu’à faire…
