
Je suis fidèle. C’est vrai, je n’ai qu’à ouvrir mon porte-monnaie, et vous allez me croire. Il n’est plus question d’avoir un simple petit porte-monnaie discret nooooooooooooo. Le mien est extensible comme une valise de voyage afin que je puisse y glisser mes 82 cartes fidélités. Points ici, rabais là, il y a une carte pour tout aujourd’hui. Ça me prend 14 ans avant d’avoir un rabais décent ou une récompense du genre « épluche patate » que j’ai finalement payé 467$ au bout du compte, pas grave ! Je sors une carte fidélité dès que j’en ai l’occasion, chlick-a-chlick un point de plus. Le pire, c’est que je finis toujours par acheter quelque chose dans un magasin où je n’ai pas la fameuse carte.
Agace
Au début j’étais plutôt du genre facile. On me souriait et je disais « oui » immédiatement. Aujourd’hui, dès que le caissier tente d’ouvrir la bouche, je lance un « tutututututututut…tut » ! Je ne veux plus de rabais, ni de points c’est compris ? Je désire payer le plein prix, pas de points, pas de cadeau, plus rien! J’en viens à me demander comment puis-je affirmer que je suis fidèle si j’ai une carte fidélité de tous les magasins ? Et pourtant, oui, je suis une polyfidèle.
On pourrait penser que mon problème s’arrête là. Eh bien non! À votre porte à chaque semaine, vous pouvez toujours compter sur elles. Les fameuses circulaires. Elles aussi veulent que vous économisiez…. Toutefois, il y en a certaines pour qui je craque. La circulaire Canadian Tires par exemple. Je suis une fidèle lectrice. Pour moi, le premier signe indéniable que l’été est à nos portes, c’est quand la circulaire Canadian Tire présente, pour la première fois de la saison, les bicyclettes au lieu des interminables morceaux d’équipements de hockey. Tout à coup, je me fous de la température, je sais qu’il est temps de serrer mes habits d’hiver, d’aller au garage pour faire enlever mes pneus à crampons et d’entreprendre mon ménage du printemps. En fait, cette circulaire me fascine. C’est plus fort que moi, j’ai toujours envie d’acheter un poêlon à 55 % de rabais chaque semaine! Il y a vraiment de tout pour toutes les familles… canadiennes. Un peu pour madame, un peu pour monsieur… Et puis surtout, beaucoup de culture générale. C’est justement grâce à cette circulaire que j’ai pu parfaire mes connaissances des outils et de leurs marques. Sableuse, ponceuse, cloueuse, perceuse, banc de scie sauteuse…Makita, DeWalt, Motomaster. Oh lala ! Et dans les dernières pages, j’ai pu apprendre mon vocabulaire de char : bougies, alternateur, amortisseur, jambe de suspens, pignons, crémaillère, etc. Quelle joie d’enfin voir tous ces mots en images. * Soupir * Parfois je joue à l’émission The Price is right en me demandant, mais combien peuvent coûter des choses que je n’achèterai jamais dans ma vie. Hum… une paire de bottes pour la pêche qui va en haut des genoux par exemple ou encore, un habit – une pièce – pour faire du ski-doo ? La circulaire Canadian Tires détient toutes les réponses.
Je suis plutôt intriguée par la circulaire de Walmart qui nous présente les familles de ses employés de Saskatoon ou Red Dear. Serais-je plus encline à acheter le pantalon à élastique en fortrel de Britney, la troisième cousine de Mary-Ann qui est commis de bureau au siège social de l’entreprise à London en Ontario ? Pas certaine… Ah mais au moins, c’est du vrai monde qu’ils disent! Peut-être, mais je préfère quand même voir une nana top niveau et imaginer ma tête sur son corps « Photoshopée ». C’est la même chose chez le coiffeur quand j’apporte la photo de Scarlett Johansson en disant « je veux la même chose ». Laissez-moi rêver un peu!
Je me souviens des gros catalogues de Sears ou Eaton lorsque j’étais jeune. Il y avait principalement deux sections qui attiraient mon attention: celle des jouets et celle des sous-vêtements. Voir pour la première fois ses adonis ou ces Barbies annonçant une éventuelle transformation de mon corps, c’était impressionnant. Même si je feuilletais le catalogue dans son entièreté, je prenais quand même un peu plus de temps pour mes sections préférées. Encore aujourd’hui, je suis perplexe devant les poses et les fascias que l’on demande de faire à ces mannequins du prêt-à-tourner. Je me demande parfois, si je découpais tous ces modèles, quel genre de photoroman pourrais-je inventer ? En plus, j’ai remarqué que deux expressions faciales se dénotent : la joie excessive de porter le vêtement ou un air pensif, presque mélancolique. Pour ce qui est de la seconde, j’imagine les espoirs déchus d’une petite fille qui rêvait de devenir un super modèle international et qui finalement se retrouve en page 3 du catalogue de Rossy.
Et puis il y a toutes les circulaires alimentaires. J’avais une voisine qui faisait 42 km pour acheter les items en ventes dans cinq épiceries différentes.
– Mais où est l’économie lui demandais-je à chaque fois.
– C’est la satisfaction d’avoir acheté les produits les moins chers, c’est comme une
course au trésor pour moi.
– Ah bon…
Elle avait même un livre dans lequel elle notait ces économies pour savoir combien elle avait épargné à la fin de l’année. Wow ! C’est selon moi, un emploi à temps plein ça ! Comme j’en ai déjà un, je passe mon tour. Si le rabais s’offre à moi, me titille, me fait saliver, je cède, mais jamais j’organiserais un itinéraire pour mon d’épicerie. Et puis, je ne suis pas habile pour déchirer ces satanés coupons sans détruire une page entière. Avec les épiceries à grande surface, faire l’épicerie nécessite désormais un dix roues. Les quantités offertes sont ridicules sous prétexte de me faire économiser. Ai-je besoin d’une palette de bouillon de boeuf ? Oui, mais vous économisez 5 $ si vous achetez 10 boîtes. C’est à ce moment précis qu’il faut éteindre l’interrupteur. Bonne nuit, je vais me coucher.
Hum…10 boites de bouillon de poulet, je vais au moins acheter cela en deux an… Non, mais c’est vrai, quelques risottos, quelques soupes, quelques potages…
D’accord, donnez-moi une palette de bouillon de poulet et une de bouillon de boeuf ! J’ai parfois l’impression d’être « acheteuse » pour la famille Dion au complet.
Les Belles-soeurs de Tremblay collectionnaient les timbres, aujourd’hui on collectionne les circulaires et on achète en palette. Les banques alimentaires affirment qu’au Québec, 300 000 personnes ne mangent pas à leur faim quotidiennement. Y-a-t-il quelque chose qui cloche quelque part ? Peut-être que c’est moi !











